Emotionnalité

par | Mai 2, 2020

Émotion vient du latin « motio », mouvement.

La sensibilité émotionnelle est souvent l’expression d’une difficulté à percevoir, donc à calibrer sa réponse de manière adéquate, que cela se passe à l’intérieur ou à l’extérieur de soi ou dans l’articulation des deux.

Sommes-nous nos émotions ? Si je perçois la colère, suis-je la colère ? Si je perçois de la tristesse, suis-je celle-ci ?

C’est une question importante. La fulgurance du mode HP va générer des ressentis très intenses au niveau émotionnel. Tout prend des proportions monumentales. Comment décoder les messages corporels et traduire cette fulgurance débordante ? Comment apprivoiser ce flux autrement qu’en se posant des questions ….  

 

« Tu réfléchis trop ! Arrête de te poser trop de questions ! »

Se mouvoir et percevoir

Dans les désordres émotionnels, on retrouve souvent des troubles de l’intégration dans les  fonctions sensori-motrices,  bien davantage qu’une perte de fonctionnalité sensori-motrice.

Le corps, pour se mouvoir et s’organiser, s’appuie sur les différents tonus. La structuration d’un geste requiert un travail de fond qui agence les différents niveaux de tonus. L’accès au tonus basal dépend de la capacité à trouver “refuge” en l’autre au départ puis internaliser le processus en soi. Les capacités d’accordage se révèlent au travers de ces échanges.

Les personnes à HP vont souvent vous expliquer à quelle point elles sont sensibles et en parallèle ne pas sentir le besoin de bouger leur pied ankylosé ou tout simplement ressentir la soif. La zone refuge est davantage placée dans la tête qu’au coeur du corps….

“Doux” mélange de trop et de trop peu

Percevoir c’est prendre un risque. Prendre le risque d’être en  contact

Tonus :

État d’activité permanente, générale, des centres nerveux, entretenus à des degrés divers chez l’homme ou l’animal, éveillés sous l’action notamment des excitations sensorielles (Piéron 1973).

Le tonus basal 

est une donnée génétique. Il est atteint au cours du sommeil paradoxal, ou approché en relaxation profonde.

Ce tonus est essentiel en terme de récupération profonde

Il est le socle sur lequel la sensation de sécurité s’ancre, car il dépend directement du cortex moteur (vagal non myélinisé).

Le tonus postural

permet la construction d’un niveau de tension qui met globalement le corps en forme (comme tenir une posture debout ou assise notamment) sans fatigue excessive. Celui-ci implique la manière dont nous avons construit notre verticalisation.

Et enfin sur ce fond tonique se déploie le tonus d’action.

Le tonus d’action,

permet le recrutement de points d’appuis dans le corps pour construire l’effectuation d’un geste conscient.[1]

[1] B Lesage, Jalons pour une pratique psychocorporelle, Toulouse, Éditions érès 2012, p. 40 et ss

Le mouvement, une histoire de relation !

Refuge

Lieu où l’on se met en sûreté pour échapper à un ennui ou à un danger qui menace.

Emotion quand tu nous tiens

Les émotions se manifestent à nous comme des mouvements du corps, des réactions corporelles, brèves, plus ou moins intenses. La réaction est toujours en relation direct avec un flux tonique, que celui-ci soit “senti” ou non et qu’il soit décodé ou non.

Lorsqu’un individu ne ressent plus les mouvements du corps, on se trouve en présence d’une stratégie de survie qui a produit un clivage ou en présence d’une dissociation qui est un système de protection. La stratégie contraire met en oeuvre des système d’adaptations ou de résilience.

Antonio Damasio

Médecin, professeur de neurologie, neurosciences et psychologie.

Un stimulus émotionnellement compétent “SEC”  est sélectionné et présenté (au système), ce qui met à exécution un programme émotionnel préexistant. L’émotion induit la construction de cartes neurales, établies à partir des signaux du corps propre, qui peuvent être modifiés par d’autres activités cérébrales. Ces cartes, au-dessus d’un niveau d’accumulation de signaux d’une certaine configuration, donnent un sentiment connoté de plaisir ou de douleur (déplaisir ?). Le plaisir naît d’une bonne homéostasie, la douleur d’une déficience dans la coordination des fonctions vitales (compte tenu de la difficulté de définir ce qui est bon et utile). Les sentiments sont ainsi les témoins de la façon dont la vie est vécue¹.

¹Pailler, Jean-Jacques. « Spinoza avait raison. Joie et tristesse, le cerveau des émotions, d’Antonio R. Damasio », Revue française de psychosomatique, vol. no 25, no. 1, 2004, pp. 165-172.

La vie pose des problèmes de base à chaque organisme, qui doit garder ses équilibres internes, tout en trouvant de l’énergie et en se défendant contre les agressions externes. Pour résoudre ces problèmes, il dispose de procédés automatiques.

Les émotions source de la conscience

Les émotions, source de la conscience

L’être humain n’a pas un cerveau forgé pour se réjouir d’un concerto de Mozart, il est un organisme vivant qui doit survivre dans son environnement.

La pensée est produite par le cerveau pour exactement les mêmes raisons. Elle est produite non pour elle-même, mais pour aider à faire survivre l’organisme.

« Les émotions, source de la conscience », Jean-François Dortier éd., Le cerveau et la pensée. Le nouvel âge des sciences cognitives. Editions Sciences Humaines, 2014, pp. 278-285.

Traduction des émotions primaires

Les émotions primaires sont a-morales et a-culturelles, elles sont  universelles. Les réponses corporelles et faciales auront les mêmes significations en Suisse qu’en Afrique ou en Asie, car ce sont les mêmes zones cérébrales qui sont impactées.

Une émotion lorsqu’elle se forme déclenche:

  • Des mimiques du visage qui jouent le rôle de communication, y compris chez les enfants, qui expriment  leurs besoins par ce moyen, dès leur plus jeune âge.
  • Une rougeur ou une pâleur du visage.
  • Des rires, des larmes.
  • Une modification de la voix.
  • Une attitude de combat, de fuite ou de soumission.
  • Une modification des rythmes respiratoires et cardiaques.
  • Une salivation ou une bouche sèche.
  • Une dilatation ou un resserrement des pupilles.
  • Le redressement des poils….

Emotions primaires

Accordage

Processus par lequel les particularités de son organisme et de son milieu embarquent chaque petit d’Homme dans une dynamique développementale qui fait de lui un être unique

Si un bébé a la possibilité et la capacité de se recentrer, de se ressourcer, de se rassembler, il pourra apprendre à gérer ses modulations toniques liées à ses états physiques et ses émotions. Cette faculté dépend d’abord de la façon dont ont été accueillies ses émotions de “bébé”, puis dans la manière dont il a été accompagné dans sa capacité à recruter ses compétences de retour au calme.

La peur est déclenchée par une sensation de danger, elle exprime un besoin de protection, d’être rassuré.

Physiquement, on ressent de la sidération, un figement, ça se “bloque”.

Le dégout est suscité par une sensation que quelque chose à l’extérieur pourrait nous tuer. Un aliment avarié etc…, il permet de rejeter massivement ce qui est décodé comme dangereux.

Physiquement on rejette, expulse, ça exclut.

La colère est suscitée par la sensation d’envahissement de sa sphère privée, une frustration, elle exprime un besoin de changement pour pouvoir s’exprimer et se sentir entendu.

Physiquement on ressent une envie d’exploser, de s’extérioriser, ça donne envie d’agresser.

La surprise est l’expression d’une réelle disponibilité, un état de neutralité qui va mener vers l’une ou l’autre des sensations primaires.

Physiquement on s’observe sursauter,  ça surprend.

La tristesse est suscitée par une sensation de manque, ainsi que l’expression d’un changement non pensé, ni consenti, elle exprime un besoin d’adhésion et connexion.

Physiquement on ressent et observe un repli, une intériorisation, ça se renferme.

La joie est suscitée par un alignement général, elle est le seul mouvement produit en permanence par le corps. C’est par elle que l’homéostasie s’exprime.

Physiquement on ressent un bien-être général, c’est paisible.

Chez le tout petit, les émotions sont étroitement liées avec ce qu’il ressent dans son intérieur, faim, crampes (sensibilité introceptive) etc. ainsi qu’avec la façon dont il est porté et positionné (sensibilité proprioceptive).

Se ressentir, un sentiment de Soi, comme base d’intégration corporelle.

Une sensation émerge d’une émotion qui est un mouvement précis. Celle-ci peut être qualifiée, traduite, exprimée ou non, elle est la base d’un vécu, qui est.  L’intégration de ces données constitue la base d’un soi qui permet de se reconnaître dans un sentiment de continuité.

Ce premier niveau de construction du soi serait fondé sur l’intégration d’images¹ du corps concernant des données basales de l’expérience telles que : je me sens plus ou moins bien, fatigué ou en forme, en fonction de mon état corporel de fond, de cet arrière plan que constitue le corps plus ou moins proche de son état biologique optimal. ²

Depuis cet arrière fond, se constitue une conscience d’être qui s’appuie et intègre dans les intéractions les réponses corporelles issues des intéractions relationnelles. A ce niveau, la question de l’image et la perception du corps reposent sur celle du vécu corporel modulé par l’interaction, la relation de ce qui inclut le désir, les émotions, et ouvre à toute une gamme d’états : confrontation, dilatation, rétraction, densification, morcellement …. Ces mouvements vont être intégrés dans une dimension narrative de soi, c’est à dire l’histoire que l’on construit.

On se trouve à cet instant à la frontière entre le monde émotionel, fait de mouvements factuels, sans connotation positive ou négative… et un monde “traduit”.

Toute traduction précipite dans le monde de la psyché en terme de sentiment et non plus d’émotion.

¹A.R. Damasio, L’autre soi-même. Les nouvelles cartes du cerveau, de la conscience et des émotions, Paris, Odile Jacob, 2010, p. 232 et ss
²B. Lesage, Jalons pour une pratique psychocorporelle, Toulouse, Éditions érès 2012, p. 58 et ss