L’estimation de ses capacités

par | Mai 17, 2020

La personne à hauts potentiels perçoit sa différence de fonctionnement, que cela soit compris, accepté, combattu ou pas par la personne. Cela engendre le fait qu’elle passe une bonne partie de son temps à se comparer et s’évaluer, juger, etc … générant un niveau de vigilance accru par rapport à la norme.

En parallèle, l’enfant à HP a rarement des difficultés scolaires, les rythmes et types de pédagogie ne le confrontant pas à une zone réelle d’apprentissage. Il surfe, ou parfois répond dès la prime enfance en développant des troubles tels que le fait de se sous-estimer, ce qui mène à des comportements perfectionnistes, des troubles anxieux, etc …

Ce questionnement sur ses propres compétences survient régulièrement, non seulement lorsqu’une personne souffre d’un déficit de confiance en soi et/ou d’estime de soi, mais aussi chez la plupart des ados et jeunes adultes à HP.

Combien ont sur-estimé leur capacité et se retrouvent en échec lors d’examens ? Beaucoup… Beaucoup aussi ne vont pas jusqu’à l’évaluation, la peur souvent les paralyse, ils se sous-estiment, sans pour autant que cela soit forcément pathologique.

Il est troublant de retrouver presque systématiquement chez les adultes à HP les deux comportements. Je perçois cela comme une stratégie de survie¹

¹Peter A. Levine, Guérir par-delà les mots, 2014 ed InterEditions. p. 43 et ss

A savoir que

Nous serions de très mauvais auto-évaluateur de nos compétences

La suradaptation ainsi que l’inadaptation demandent un effort considérable.  Effort fait en vain, car il est épuisant, dévalorisant, dans tous les cas il fausse la perception que la personne a de ses capacités.

Problème de reconnaissance

Oui bien sûr qu’il a un fonctionnement à HP, répond un ou une institutrice… qu’il commence par faire toutes ses fiches et après on discutera….

L’effet Dunning Kruger

Il s’agit d’un biais cognitif bien connu en psychologie. Celui-ci altère le niveau de perception des compétences, ce qui amène :

  • Les personnes peu “qualifiées” dans un domaine à sur-estimer leurs compétences
  • Et à l’inverse les personnes très qualifiées à les sous-estimer.

Notre cerveau, dans sa part néocortical (la pensée), nous permet des délibérations rationnelles, lentes, parfois confuses en regard de la part instinctuelle qui permet des actions sûres et non réfléchies. Par contre ces actions peuvent être le fait de mécanismes automatiques issus de croyances.

Devant le défi de l’intégration et les enjeux relationnels que vivre en assumant sa différence impliquent, les personnes à HP, à l’insu de leur plein gré, vont souvent développer des comportements de sûr- et d’in-adaptation. Deux comportements qui mènent en droite ligne à des problèmes d’auto-évaluation.

Les personnes à HP ont du mal à percevoir en quoi elles sont différentes et quels biais cela engendre. Ayant une appréhension alléatoire de leur “Moi”, elles ne peuvent que  se sous- et sur-estimer.

Cette sur- et sous-estimation de ses compétences va avoir des conséquences importantes dans le manière d’appréhender la vie et les besoins qui en dépendent.

Sous-estimation : Je suis beaucoup trop nul pour…. .

Sur-estimation  : Les doigts dans le nez… ces examens finaux… OUPS ou je me demande vraiment pourquoi “ils” trouvent cela difficile, ils sont nuls ou quoi !!!! …..

Ce yoyo entre une mauvaise estimation de ses compétences et un regard faussé sur l’autre génère un terrain plus que favorable à nombre de biais et symptômes, syndrômes dont les plus connus sont : le syndrôme de l’imposteur ou du perfectionniste. Pris dans la trame de la dévaluation, cela peut se transformer en un aller-retour en enfer…

Dans le concept d’auto-évaluation, il y a la notion de reconnaissance de son propre fonctionnement ainsi que des stratégies mises en place pour se préserver de trop de souffrance, d’incompréhension et surtout de la prise en compte réelle de ce qu’implique un fonctionnement à HP.

En bref, tout ce qui impacte les comportements et relations au monde va influencer le regard sur les compétences. S’auto-évaluer peut devenir une montagne nébuleuse et insurmontable.

Au delà d’un dépistage, je dirais que la première étape pour désamorcer les biais est d’être curieux de “Soi”. Ensuite,  pour pouvoir estimer ses capacités, cela demande un peu de recul, afin de se percevoir pour faire la part des choses entre aptitudes, attitudes, stratégies et les rôles et fonctions mis en place.

Les aptitudes

Prendre le temps de s’informer et de travailler à l’acceptation de ce qu’engendre un fonctionnement hauts potentiels. Comment cela se définit pour vous.  Faire la part des choses entre ce qui est “neurologique” et ce qui appartient soit au tempérament, soit aux automatismes découlant de croyances….

Les tempéraments

Nous ne réagissons pas tous de la même manière et n’avons pas tous les même besoins. Cela est évident… évident comment ?
Nous présentons deux modèles que nous utilisons régulièrement et qui sont corrélés aux fonctions neurophysiologiques.

Les attitudes

La vie est un Jeu, une pièce de théâtre, un laboratoire… Toutes ces métaphores expriment bien les en-jeux relationnels. Rôles, positionnements, fonctions sont au coeur des interactions. Avoir un regard efficient sur ce qui se joue permet de réajuster sa vision et son comportement.

Envie de faire une démarche vers une meilleure reconnaissance de vous-même et de vos capacités ?

Voici un bref résumé de ce qui ressort de ma pratique clinique :

Sortir de l’idée que le moule dans lequel vous vous êtes glissé vous convient, afin de “devenir ce que vous êtes”.

Dans ce volet, la notion-clé est avant tout de reconnaître son fonctionnement atypique et les conséquences que cela a engendré et engendre encore…c’est le temps du deuil de la normalité.

L’être humain est complexe,  multi-couches et multi-fonctions. Tout est inter-relié. Notre territoire corporel est plus ou moins investi, plus ou moins tuillé, plus ou moins conscient.

Exemple : Je me sens bien dans le travail que je fais. Vraiment ?!….

Différents outils permettent d’éclairer, de ressentir, d’accueillir, de conceptualiser, de comprendre, d’agir afin de donner de l’espace à ce qui est souvent ressenti comme un sac de noeud, si on se laisse aller à accueillir ce qui vient derrière la réponse automatique. Souvent on se retrouve devant un “impossible”, un “improbable”, une montagne, un gouffre, en bref un espace inabordable, d’autant que cela à déjà été exploré mainte fois sans le succès espéré.

Vous avez un saboteur, protecteur, en vous qui est là pour vous maintenir dans une position d’asservissement. Son rôle principal est de vous maintenir dans le moule de la conformité…. devenir ce que vous êtes, c’est accepter de sortir du moule et combattre le saboteur-protecteur.

Devenir un explorateur, exploratrice heureux (se)

Dans ce volet, la notion-clé est avant tout de retrouver un goût de l’exploration, … c’est le temps de renouer avec la prise de risques.

J’aborde toujours la question sous l’angle des dénominateurs communs, car cela permet de bien mettre en lumière comment un espace peut appartenir à deux choses différentes tout en étant semblable.

Une fois que ces espaces communs sont repérés, le travail de décloisonnement commence, permettant une catégorisation des ressentis, des actions, des pensées, des positions, états et rôles joués.

Où est-ce que vous vous trouvez sur l’échiquier des jeux psychologiques?
Qu’est-ce qui est la conséquence directe de ma méconnaissance d’un fonctionnement atypique (HP)?

Il n’y pas de famille sans histoire, que des histoires de famille, savoir cela permet d’aller y voir… on est tous à la même….

  • Est-ce que ma réponse est “automatique” et directement liée à des stratégies de défense ?
  • Est-ce que ma posture est adéquate ? Ai-je répondu depuis un espace neutre, où je me sens libre de dire ce qui me semble être juste ou au contraire, me suis-je vu dans un rôle de soumission, ou alors de contrôle ?
  • Ai-je été entendu(e), ou au contraire est-ce que j’ai dû me battre pour me faire entendre ou ai-je bâché ?
  • Comment est-ce que je me sens ? est-ce que j’arrive à faire la différence entre une réponse automatique et une réponse corporelle de régulation ?

etc….

Le temps de l’acceptation d’être humain… comme tout un chacun

Dans ce volet, la notion-clé est avant tout de revenir à notre humanité… c’est le temps de reconnaître ses limites.

Se mettre au travail, débusquer les automatismes. Découvrir les facettes des jeux psychologiques et les histoires de vie qui les sous-tendent. Se donner de l’espace et commencer à accueillir avec bonne humeur nos limites, nos boutiquages, nos stratégies d’évitements, en bref tous les “justificatifs”… qui permettent de maintenir en place des attitudes et des positionnements sécurisés et biaisés.

Le temps de la régulation

Dans ce volet on apprend à faire alliance avec le corps…. c’est le temps de rendre à César ce qui lui appartient.

Comme tout un chacun nous avons des besoins. Les reconnaître, les nourrir, y répondre positivement, sortir de la toute puissance cognitive, c’est tout l’enjeu de ce volet. Se réconcilier avec son corps, en faire un allié, un partenaire à part entière. Dans cet espace tout se rejoint. Si le process est bien emmanché, la magie opère et le corps délie les chaînes et entraves qui nous encombrent.

Mille et une feuilles

Tout en parallèles, synchronicités et grand chaos…. c’est le temps de tout en même temps.

Multi-couches, multi-vies, multi-aspects… nous somme fait de tout cela. Nous sommes autant enfant qu’adulte, victime que juge, parents ou individu que collègue, fille ou fils de … et individué, en bref un magnifique millefeuille fait de mille couches qui toutes vont à leurs rythmes, une grande salade de fruits…

Rien ne va dans le sens que l’on souhaite, on aimerait avoir du temps, il n’y en a pas. On souhaite pouvoir prendre les choses les unes après les autres, on aménage l’espace pour cela et on s’ennuie ferme…

Tout cela est parfait…. cela indique aussi que dès que vous vous orientez vers vous-même afin de vous accueillir, et bien vous vous trouverez devant tous ces processus, tous ces volets qui iront chacuns à leur rythmes en fonction des domaines explorés… un magnifique territoire à découvrir

Le temps du deuil de la normalité

– Sortir de l’idée que le moule dans lequel vous vous êtes glissé vous convient

Le temps de renouer avec les risques

– Devient un génial explorateur

Le temps de reconnaitre ses limites

– Humain !… comme tout le monde

Le temps de rendre à César ce qui lui appartient

– des besoins… si peu !!!

Le temps de tout en même temps

– La vie est une grande salade de fruits